Traduction Simultanée — Michel Kelemenis
Traduction Simultanée © Teruhisa Fujiki

Traduction Simultanée

1999

Durée : 1h15

Michel Kelemenis

Kelemenis & cie

"De Vincent j’aime la mobilité du torse, l’immensité des bras mise au service de l’expression des mains, le regard fait pour envoûter, j’aime que le temps de sa danse ressemble à celui d’un récit.
De Takeshi j’aime la vitesse fulgurante, l’indescriptible capacité mimétique, les pupilles malignes transperçant le masque de son visage et la précaution dont il accompagne chaque geste, chaque intention.
Et des 2 j’aime le sourire, les sourires si différents.

Pour m’adresser à quelqu’un dont je ne parle pas la langue, je donne ma confiance à un interprète et j’écoute son écho comme le chant de ma parole. La confiance en la traduction que chacun fera des gestes à venir est initiale, un peu comme accepter que trois sons soient associés à une même lettre ou inversement un même son transcrit différemment.
Car nos corps sont différents de même que nos langues, nos images ou nos rêves. Ainsi en est-il de nos présences et de nos incarnations.
Inutile de rechercher la ressemblance. La seule, la vraie, c’est que nous dansons, et le désir s’est fait de danser ensemble.

Que chacun de nous 3 garde son exotisme aux yeux des autres." 

Michel Kelemenis 

Distribution

Conception générale et chorégraphie du trio - Michel Kelemenis
Interprètes - Michel Kelemenis, Takeshi Yazaki, Vincent Sekwati Mantsoe 
Conception musicale - André Serré
Lumière - Keito Kohara
Costumes - Philippe Combeau

Production

Kelemenis & cie 
Kyoto Arts Festival “Gift” 
Avec le soutien de l’Institut 
franco-japonais du Kansaï et de 
l’AFAA (Association Française d’Action Artistique) - Ministère des Affaires Etrangères

Commande Kyoto Arts Festival “Gift”
Le programme 
Traduction simultanée est constitué en 1e partie des solos :
Phokwane (de et par Vincent Sekwati Mantsoe), 
Space 4.5 (de et par Takeshi Yazaki) et 
La Dormeuse du Val (de et par Michel Kelemenis). 
Le trio est dansé en 2e partie.

Les échos

Taktik Delphine Huetz

juin.1999

Tour du monde en trio
Mon 1er a dansé chez Bagouet, visité les scènes internationales, avant de revenir à Marseille, où ses créations viennent creuser leurs sillons.
Affleure toujours à la surface de son écriture la troublante sensibilité du chorégraphe qui ne rougit pas de sa fidélité d’âme à l’héritage néo-classique, et s’en amuse. À l’instar de sa Dormeuse du Val, qui emprunte à Rimbaud son souffle nostalgique et décline en un songe intime son inspiration bucolique.
Mon 2e travaille au Japon sa danse d’une intense théâtralité, forgée au contact des plus grandes écoles post-modernes américaines. Vertigineuse géométrie où semblent s’annuler tous les antagonismes. L’énergie tend à la démesure, cernée pourtant de toutes parts par la sereine maîtrise du geste, l’expressionnisme semble être devenu avec elle la seconde nature du minimalisme le plus pur. Son solo donne à lire un espace délimité, et mesuré comme toute pièce au Japon, en tatamis : celui de la chambre du chorégraphe.
Mon 3e a dessiné quelques-uns des contours de la danse contemporaine africaine. Ce chorégraphe, littéralement habité, est traversé par le souffle originel et ancestral de la transe, le règne de l’animal capable de donner la capacité de l’envol.
Mon tout s’achève sur la proposition commune de ces 3 danseurs d’exception : Michel Kelemenis, Takeshi Yazaki et Vincent Sekwati Mantsoe, un très bel entrecroisement de 3 langages, un enchevêtrement ténu de chemins explorés par chacun, où se délivre l’inépuisable plaisir qu’ils trouvent à danser ensemble.

 

Textes complémentaires

La première traduction :

La Dormeuse du Val Michel Kelemenis, Space 4.5 Takeshi Yazaki, Phokwane Vincent Sekwati Mantsoe

Il est incontournable, rassemblant 3 danseurs de contrées si distantes, d’attendre de chacun qu’il dise un peu son origine et sa culture. Un japonais, un sud-africain et un français parlent d’eux-même en rendant hommage à leur propre famille, là se trouve la 1e traduction, la transmission singulière d’un ensemble de données communes à un peuple donné.

Space 4.5
musique de Osamu Kuroda
La surface de l’habitat au Japon se mesure en tatamis. Space 4.5 désigne la chambre d’enfant de Takeshi.
"J’ai vécu dans cette pièce aux tatamis sans me soucier du temps qui passe. Il y a un espace qui semble avoir une étendue illimitée mêlée à différents sentiments tels que joie, colère, tristesse ou jouissance.
Comment les exprimer juste à travers mon corps qui s’éveille ? Et que le public le reconnaisse. Ceci est un défi que je me suis lancé."
Takeshi Yazaki

Phokwane
musiques de Philip Hamilton et Stephen Mecus
"Cette danse est un hommage et un remerciement spirituel à mes parents pour leur soutien depuis le temps où j’étais un petit être. Chacun portait en lui une force particulière et la bénédiction de ses ancêtres. Leur dévotion et leur passion pour leurs enfants restent l’inspiration de leur existence. Tout au long de ma vie, ils m’ont guidé et ont soutenu mon développement."
Vincent Sekwati Mantsoe
Remerciements particuliers à African Exchange pour son aide, et à Laure Faure, qui a réussi à faire aboutir la collaboration avec Philip Hamilton

La dormeuse du Val
musiques de Ralph Benatzky, Giacomo Puccini et André Serré
"De ma mémoire, j’extrais cette anecdote. Le Val est un village du sud de la France où nous possédions un modeste terrain bordé par un ruisseau. Lisant pour la première fois le poème de Rimbaud “le dormeur du val”, je visualise spontanément l’endroit. Touché par la douceur décrite, bercé par le bonheur des rimes, je ne vois pas venir la chute. Alors, le dernier vers, cruel, terrible, me terrasse : “Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit”.
C’est au Val que repose maman."
Michel Kelemenis