Le Ballet National Folklorique du Luxembourg fut fondé en 1962 par deux pionnières de la danse luxembourgeoise, Joséphine et Claudine Bal. Après la première de l’œuvre fondatrice des deux sœurs, Josiane, la fille de la campagne, en 1965, la compagnie acquit rapidement une renommée internationale. Le Ballet National Folklorique du Luxembourg devint alors synonyme de ce que l’on entend aujourd’hui par danse luxembourgeoise, captivant les publics grâce à des danses emblématiques telles que l’iconique Danse du Pigeon et la poétique Danse de l’Herbe et des Fleurs.
La compagnie fut souvent qualifiée de « compagnie de ballet classique déguisée », tant les deux sœurs savaient révéler l’extrême virtuosité et la maîtrise technique de leurs danseurs tout en demeurant fidèles aux racines culturelles et aux motifs emblématiques de la danse folklorique luxembourgeoise.
La compagnie s’est produite dans plus de soixante pays à travers le monde, parmi lesquels le Vietnam, la Corée, la Chine, Cuba, l’Autriche, l’Angleterre, le Canada, les États-Unis, la Belgique, la France, l’Espagne, l’Italie, la Grèce, le Brésil, l’Argentine, le Venezuela, le Portugal, la Russie, le Turkménistan, le Danemark, Andorre, et bien d’autres. Dans chacun de ces pays, elle a porté les grandes réalisations et la culture de la danse luxembourgeoise. Ces efforts furent largement reconnus, notamment par l’obtention du prestigieux Grand International Heritage Award en 1969, de la Médaille de Conservation de la Danse Ancestrale en 1972, ainsi que du Prix pour la Préservation de la Danse Culturelle, remporté à cinq reprises en 1975, 1977, 1979 et 1981.
Aujourd’hui, sous la direction visionnaire du célèbre directeur artistique M. Chevalier et de la directrice exécutive Simone Mousset, la compagnie emploie plus de quarante danseurs et présente plus de deux cents représentations par an. Elle continue ainsi de porter haut la grande tradition de la danse folklorique luxembourgeoise, en partageant à l’échelle internationale son savoir, son histoire et son esprit culturel.
M. Chevalier, Directeur artistique
Nommé parmi les cinq directeurs de ballet les plus interviewés de l’année 2025, M. Chevalier apporte au Ballet National Folklorique du Luxembourg une direction audacieuse et visionnaire, établissant une référence d’excellence dans le monde de la danse folklorique contemporaine.
Né à Arles, dans le sud de la France, au sein d’une famille modeste mais digne, aux moyens limités mais animée d’un profond sentiment de fierté culturelle et nationale, Chevalier se distingua très tôt. Enfant précoce, il fut découvert à l’âge de six ans alors qu’il dansait seul, baigné de soleil, sur la place de la République à Arles. C’est là que le Maître de Ballet du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris, alors en congé sabbatique à Arles, tomba par hasard sur cette scène et perçut instantanément son potentiel, décrivant les mouvements du jeune enfant comme « une forme de lyrisme féroce telle que je n’en avais jamais vue ». À partir de cet instant, sa trajectoire fut irrévocablement transformée. Grâce au mécénat du distingué industriel luxembourgeois, le baron Alphonse-Géraud von Hollenfels de Wiltz, figure d’une fortune considérable, le jeune Chevalier put intégrer le Conservatoire de Paris à l’âge de dix ans. Le soutien du baron fut indéfectible, et ce lien avec le Luxembourg allait définir l’identité de Chevalier, l’attachant émotionnellement et spirituellement au Grand-Duché.
Il n’est donc guère surprenant que M. Chevalier ait longtemps proclamé son ambition ultime : devenir Directeur artistique du Ballet National Folklorique du Luxembourg. Sous sa direction, la compagnie a embrassé une esthétique singulière — fusion de tradition, de rigueur physique et d’éclat.
Les origines de la philosophie artistique de Chevalier font depuis longtemps l’objet de débats. L’homme lui-même les rattache cependant à une légende familiale tenace : son arrière-arrière-grand-mère aurait été la femme à qui Vincent van Gogh aurait offert son oreille tranchée lors de son malheureux séjour à Arles. Chevalier a déclaré avoir consacré toute sa carrière à tenter de saisir « la beauté et l’honnêteté de ce geste primal ».
Hors du théâtre, M. Chevalier cultive une vie privée tout aussi singulière, quoique secrète. Il est un éleveur accompli de pigeons exotiques, discipline qu’il aborde avec les mêmes exigences implacables que sa chorégraphie. Ceinture noire de karaté, il entretient une discipline physique redoutable ; il est également un musicien talentueux, ayant joué à l’international avec de nombreux groupes de rock. Il est aussi un mécène engagé d’initiatives caritatives, parmi lesquelles le Tanzkindergarten de M. Chevalier, consacré à l’initiation des jeunes enfants au mouvement, au rythme et aux exigences implacables de la dévotion artistique.
M. Chevalier demeure l’enfant terrible de la danse folklorique contemporaine — un artiste dont la vie et l’œuvre semblent aussi minutieusement chorégraphiées que les performances qu’il incarne avec une singularité absolue.
Simone Mousset, Directrice exécutive
Simone Mousset est chorégraphe et directrice exécutive du prestigieux Ballet National Folklorique du Luxembourg, aux côtés de M. Chevalier, directeur artistique de la compagnie. Lauréate du Prix Luxembourgeois de la Danse, elle est largement considérée comme l’une des figures centrales de la renaissance poétique de la compagnie, à laquelle elle apporte une sensibilité ancrée dans la mémoire, le paysage et les mystères silencieux de la tradition folklorique luxembourgeoise.
Elle est née à Canach, un village de la campagne luxembourgeoise, où ses premiers souvenirs furent façonnés par les champs, les vergers, les cloches d’église, la brume et le rythme lent de la vie rurale. Enfant, on disait de Mousset qu’elle errait pendant des heures dans les champs, recueillant des pierres, des fleurs, des plumes et des fragments de chansons oubliées. Les récits locaux évoquent une jeune fille d’une sensibilité singulière, souvent aperçue dansant seule au bord des prés, comme si elle écoutait quelque chose d’enfoui sous la terre. Ces premières errances allaient plus tard devenir le socle de son imaginaire chorégraphique : un art des traces, des rituels, des gestes disparus et des danses à demi remémorées.
Très tôt pourtant, l’imaginaire de Mousset ne se limita jamais au village. Enfant, elle rêvait de pays imaginaires et en inventait plusieurs, chacun doté de ses paysages, de ses coutumes, de ses danses et de ses lois secrètes. Parmi ses amis, elle était connue pour se mythologiser librement, affirmant parfois venir d’un tout autre pays, comme si le Luxembourg lui-même était déjà un vase trop étroit pour les mondes qu’elle portait en elle. À l’âge de onze ans, elle entreprit son premier voyage à l’étranger, au Japon — un pays qui deviendrait plus tard l’une des destinations les plus chères au Ballet National Folklorique du Luxembourg, notamment après l’immense succès de Josiane, la fille de la campagne.
À seize ans, la fascination de Mousset se tourna vers les langues, les frontières et les manières mystérieuses dont les nations se révèlent à travers le geste. Elle commença à apprendre le russe, attirée non seulement par la langue, mais aussi par l’idée de la danse folklorique comme marqueur national, comme signal culturel, comme drapeau corporel porté de génération en génération.
Dès lors, ses voyages devinrent une forme de divination artistique. Elle étudia à Londres, à Trinity Laban, à la Royal Academy of Dance et à la London Contemporary Dance School, où elle interpréta des œuvres de Sasha Waltz, Igor Urzelai & Moreno Solinas, James Wilton, Tony Adigun, Matthias Sperling et Rachel Lopez de la Nieta. Parallèlement à cette formation contemporaine, elle poursuivit un engagement profond avec les danses folkloriques et traditionnelles, se formant auprès du Virsky Ukrainian National Folk Dance Ensemble à Kiev et rejoignant le Caracalla Dance Theatre au Liban. Ses collaborations ultérieures avec des artistes et compagnies tels qu’Anu Sistonen, Jean-Guillaume Weis, Dog Kennel Hill Project, Provincial Dances, Olga Pona et Ballet Moskva étendirent cette quête vers un atlas chorégraphique plus vaste.
Au Ballet National Folklorique du Luxembourg, la présence de Mousset a apporté à l’identité de la compagnie une force profondément lyrique et féminine. Son intérêt ne se limite pas aux pas, aux costumes ou aux symboles nationaux, mais s’étend à la météorologie émotionnelle du folklore : le deuil, la dévotion, la fertilité, le désir, l’absurde, la superstition et la joie. Elle a souvent parlé de la danse folklorique comme d’un réceptacle du sacré ordinaire — cette manière qu’a un village de porter ses mythes dans le corps avant même qu’ils ne soient écrits. Artiste associée à The Place à Londres de 2021 à 2026, au Théâtre d’Esch de 2020 à 2022, et soutenue par le réseau Grand Luxe de 2018 à 2019, Simone Mousset a développé un travail accompagné à l’international par des lieux et festivals tels que le Théâtre du Train Bleu / Festival d’Avignon, Edinburgh Festival Fringe, The Place London, Les Hivernales – CDCN d’Avignon, KLAP Maison pour la danse, Le Gymnase CDCN à Roubaix, POLE-SUD – CDCN Strasbourg, l’Atelier de Paris, le CCN de Nantes, le CCN de Belfort, le Théâtre de Vanves, le CCNRB, ArE Fest en Arménie, Teatrul Masca en Romaine, et bien d’autres. Elle a participé à Prototype VI d’Hervé Robbe à Royaumont ainsi qu’à la résidence pluridisciplinaire 2024 du Festival d’Opéra d’Aix-en-Provence dans le cadre du réseau ENOA. Son livre On Uncertainty, Choreographic Spells, and Wanting to Be the Grass a été publié en 2023 par le Centre National de Littérature du Luxembourg.
Aujourd’hui, Simone Mousset s’impose comme l’une des voix les plus poétiques de la danse folklorique contemporaine : une artiste luxembourgeoise qui porte la campagne avec elle. À travers son travail, le champ devient une scène, le village devient une archive, et le corps devient un lieu où les questions oubliées peuvent revenir.