Le terme ANASTILOSSIS désigne une technique de reconstruction d’un édifice effondré. Cette technique juxtapose fragments trouvés et matériaux modernes, de sorte que, toujours, se distinguent les deux. Ce procédé architectural transforme la faille en protagoniste. Métaphore majeure de notre époque, la faille porte la promesse d'un commencement. Elle est un lieu de réinvention, un champ de forces où, sur un passé, s'expérimentent de nouveaux possibles. Depuis cette fêlure, le corps, lieu de vulnérabilité autant que de lucidité, devient sentinelle et moyen d'action, interface entre l'intime et le collectif… Corps-mémoire. Corps territoire. Corps manifeste. Corps cadavre-exquis. Harris Gkekas transcende la disparition de sa mère en une création qui affirme la faille comme un terrain dynamique et salutaire, qu’il érige en principe d’écriture. Son solo explore le magma de matériaux chorégraphiques pré-existants et d'autres écrits en temps réel. La beauté de la danse, détaillée, choisie, précise, trace un dialogue complice avec l'être disparu, à la quête d’un instant de grâce, extrêmement lumineux, où humblement, tête inclinée, s’offre la place pour que la main aimée puisse se poser, une fois de plus... peut-être...