Venu jeune du Cameroun Jacky Medefo a toujours dansé. Sa danse, à la fois cri et caresse, hurle sa tendresse depuis le centre de la terre ; il semble que toutes les émotions du monde soient contenues dans son corps, immense. Les pieds enracinés dans la forêt sacrées de ses ancêtres, les bras virevoltants sur les couloirs des scènes queer d’aujourd’hui, le danseur s’invente continuellement dans un futur qui l’appelle sans l’assigner. Avec fluidité, de tradition en hip hop, d’ondulantes copies de pop stars en Waacking, sa danse se nourrit de modèles, conjuguant une féminité innée et une stature imposante : elle délivre une autre histoire de la masculinité. À travers le solo Un Virage pour Jacky, Magda Kachouche trace le portrait subjectif de ce danseur qui la bouleverse. La chorégraphe l’engage dans le territoire encore inconnu d’une danse qui n’existe pas et potentiellement ne ressemble à rien, ne s’attache ni à une culture, ni à une image. Une danse ouverte à 360 degrés, qui ne s’adresserait pas à la caméra ou à l’image photographique. La danse d’un Jacky perpétuellement en devenir : sa danse du futur.