Aléa — Kelemenis & cie
Aléa © Agnès Mellon
Aléa © Agnès Mellon
Aléa © Agnès Mellon

Aléa

2009

Durée : 20min

Michel Kelemenis

Kelemenis & cie

Les vertus cinétiques d’une circulation tressée

Considérer simplement l’altérité, la mettre en scène, ou plus exactement, proposer sur scène de l’observer comme un joyau. Michel Kelemenis formule cet objectif à la suite de nombreuses collaborations avec des danseurs aux cultures variées : on l’a vu en effet danser avec africains et asiatiques, circassiens, artistes de ballet ou encore étudiants. Dans Aléa, il s’agit pour lui d’abstraire sa propre marque stylistique du dialogue avec les interprètes, et de les engager dans une danse, qui, quoique commune à l’ensemble, permet à chacun de révéler ce qui le compose.

La façon dont chacun s’empare du geste devient le lieu de l’observation, et le corps, l’enjeu central.

Le principe d’écriture mis en place est une tresse qui organise les fuites et les apparitions des interprètes : elle constitue un liant permettant de dépasser, à l’intérieur de la danse, la simple juxtaposition des qualités de chacun. À partir de circulations croisées dont s’échappent de brefs solos et duos permettant de découvrir l’un ou l’autre des interprètes, l’effet cinétique de la danse répond aux résonances hypnotiques du champ musical électronique de Saphir, Sillons, Silences.

Aux silhouettes montrées dans la marche la plus simple, succède une alternance de dynamiques et de constellations.

La pièce s’achève sur le crépitement d’improvisations solitaires.

Historique de la pièce :
Relevant le défi d’une rencontre articulée sous forme de concours par l’Adami, Aléa intègre dès sa conception l’hypothèse de corps différents, différemment engagés dans la danse comme dans l’existence. Originellement un quatuor créé en 2005, la pièce est réécrite pour 7 danseurs du CNSMD de Lyon en 2006, adaptée en 2007 pour 7 danseurs de la formation professionnelle en danse contemporaine Coline d’Istres, puis pour la Beijing Modern Dance Company dans le cadre du programme de coopération Croisements piloté par l’Ambassade de France à Pékin. Pour la 1e fois, une pièce créée par le chorégraphe hors de la compagnie est intégrée à son répertoire.

Distribution

Chorégraphie et lumière - Michel Kelemenis 
Danseurs - Caroline Blanc, Olivier Clargé, Marianne Descamps, Gildas Diquero, Tuomas Lahti, Bastien Lefèvre, Christian Ubl 
Musique - Christian Zanési SaphirSillonsSilences 
Collaboration lumière - Alexandre Martre 
Costumes - Philippe Combeau

Production

Kelemenis & cie 
Ballet Preljocaj

La Fondation BNP Paribas accompagne les projets de Kelemenis & cie

En tournée

Les échos

Ventilo Joanna Selvidès

11/24 fév.2009

Cinétique électroacouCycle

[…] Toujours en mouvement, fluide, esthétique, et précise, la danse de Michel Kelemenis est d’une rare exigence – et d’une rare élégance, […]avec une partition chorégraphique élaborée sur la musique électroacoustique de Christian Zanési, déjà complice de ses œuvres depuis plus de dix ans. Vitesse et mémoire du mouvement sont les premières interrogations livrées et partagées entre la danseuse Caroline Blanc, toute en précision physique et en émotion sublime, et le chorégraphe, ici interprète. Viiiiite est donc un duo où la lumière, l’accélération et la répétition permettent une reconstruction du mouvement, dessinant des contours à la fois précis, grâce à la gestuelle fine des deux virtuoses, et flous, par la rapidité du mouvement. […] Enfin, Aléa, interprétée par sept danseurs, joue avec l’individualité dans le groupe, l’intuition qui génère le mouvement du groupe, dans une circulation ponctuée de pauses senties et ressenties. A la fois simple et hypnotique, la danse vibre. Nulle structure, mais un système, organique, fait de corps à l’écoute les uns des autres. Une écoute vivante des corps, emplie d’émotion à l’état pur.

Viiiiite et Aléa ont été présentées du 29 au 31/01 au Pavillon noir (Aix-en-Pce). Viiiiite et Disgrâce (en création) seront présentées dans le cadre du festival Les musiques en mai.

 

Tadorne Pascal Bély

4 fév.2009

Après avoir suivi le processus de répétition de Viiiiite et d’Aléa au cours du mois de janvier, la générale au Pavillon Noir m’impressionne. Je ressens la tension des corps après tant d’heures de travail. Nous sommes une cinquantaine dans la salle, comprenant les étudiants de Coline, structure menacée de disparition par les pouvoirs socialistes locaux. À la veille de la grève du 29 janvier, les trois œuvres de Michel Kelemenis sont un espace protégé où il me plaît de me ressourcer. Avec lui, la danse est un propos. C’est l’un des rares à faire cette recherche « fondamentale », à communiquer par la danse pour la danse, avec sérieux, créativité et empathie.

Les étudiants de « Coline » sont derrière moi, visages fermés. Le dialogue s’amorce sur leur sort et la place que pourrait jouer internet pour sauver leur structure de formation Peu de répondant. J’ai envie d’échanger avec eux sur la danse de Kelemenis...

Viiiite : Avec élégance, ils se présentent à nous, tout de blanc vêtu. Caroline Blanc et Michel Kelemenis font quelques pas, s’engagent dans des mouvements si harmonieux que l’on peut aisément étendre ses jambes et relâcher la pression. Mais à les voir enfiler de longs gants tout blancs, on comprend vite que le corps n’est plus qu’une apparition fugace, une émergence confirmée par la lumière d’un gyrophare. Il y aurait-il urgence tandis que les compagnies de danse sont priées d’entrer dans le moule d’une culture uniformisée ? Alors que notre société fait de la vitesse une échappatoire au sens, la force de Viiiiite est d’en faire une forme en soi. Soucieux de nous accompagner dans ce processus « spiralé » descendant et ascendant, Kelemenis joue avec la figure du clown ou du Pierrot de la Comédia del’Arte pour enrichir le propos et tapisser notre imaginaire d’images tout aussi fugaces, mais ancrées.

Cette danse-là, forme le regard, c’est le moins que l’on puisse dire. Alors que la lumière fait apparaître puis disparaître, elle est à son tour un mouvement comme l’odeur évanescente, symbolisée par le rapprochement des deux corps dans une sphère intime. Ainsi, Viiiiiteest une danse concentrique qui finit par vous englober. Avec Michel Kelemenis, la danse est avant tout l’art de la reliance.

Pause. Je me retourne. Je cherche avec eux quelques mots qui ne viennent pas. Étonnés par mes questions, apeurés aussi. Il leur est difficile de franchir les barrières entre danseurs-étudiants et spectateur.

TATTOO : Vingt minutes de plaisir à l’état pur, comme si le spectateur pouvait enfin jouer à cache-cache avec la danse, qu’elle soit contemporaine ou classique. Michel Kelemenis s’amuse, nous aussi. En s’appuyant sur les codes (dont les pointes), il déséquilibre le clivage en huilant les mécaniques de nos représentations. Cela en deviendrait presque subversif. Cette danse accueille, ouvre les verrous, se repose sur la fragilité de l’humain pour consolider l’articulation entre classique et contemporain. Le plaisir vous contamine même si l’on regrette les corps pas totalement habités des danseurs. À danser au-dessus des parties, il n’en faudrait pas plus pour être déstabilisé.

Pause. Les étudiants sont toujours là, derrière moi. Nous échangeons sur la technique des danseurs. J’évoque le plaisir de voir une œuvre au dessus des clivages. Étonnés, comme s’ils n’entendaient jamais cette parole de spectateur. Pour Coline, on fait quoi ?

Aléa : La dynamique des sept danseurs impressionne. Elle est danse. Michel Kelemenis ne se perd pas dans des effets de style ou des figures conceptualisés : ne compte ici qu’une recherche entre l’autonomie de l’individu, l’émancipation du groupe et un désir collectif qui prend forme. Ce n’est pas une danse qui impose, elle propose. À sept, ils dessinent avec leurs costumes de couleurs, la toile du peintre où vient résonner la musique électronique de Christian Zanési, tumulte de nos sociétés contemporaines. Et je m’étonne d’entrer au cœur de leur tresse, de n’en perdre aucun, de me mouler avec eux. Aléa est si fluide que chaque espace nous laisse une place. Le final, où chacun improvise dans le chaos, est le triomphe du « nous » sur le « je » concurrentiel, de l’art sur le « vide », de l’émancipation sur la soumission. C’est aussi une invitation pour le spectateur à entrer dans la danse, simplement. Sincèrement.

C’est fini. Ils sourient. Ils me tendent leur pétition papier pour les soutenir. Je signe, mais je les invite à constituer leur comité de soutien sur Internet. J’aurais bien envie de créer un collectif spectateur - danseur - chorégraphe. Comme un "Aléa" ...juste pour gripper.

 

Textes complémentaires

ElectroacouCycle

Avec le concept évolutif de L’électroacouCycle , Kelemenis interroge ses essences de la danse, en plusieurs œuvres courtes que la musique électroacoustique relie, et en collaboration avec le compositeur Christian Zanési.

Aléa, septuor, explore les vertus de rassemblement, cinétiques et vibratoires, d’une circulation tressée.

Viiiiite, duo, où comment mettre en scène l’évanescence du mouvement dansé.

Disgrâce, pour 5 hommes seuls, s’interroge : la grâce peut elle sourdre de la disgrâce ?

“L’incompréhensible crispation de se comprendre double à travers l’autre expression d’un autre.” Le chorégraphe évoque ainsi sa liaison profonde avec la musique de Christian Zanési. "Élaborée à partir de sons concrets que le compositeur fige, vrille, suspend ou casse, cette musique ouvre des champs électroniques immenses au milieu desquels surgissent les éléments vifs de la lecture du quotidien. Immédiatement poétiques, les espaces ainsi animés se rapprochent de l’esprit d’une bande-son de cinéma par la juxtaposition de tensions abstraites et d’événements suggérant l’hypothèse d’une narration. Les procédés d’écriture résonnent naturellement avec mon mouvement, développé dans une faille propre à la danse, figurant un intervalle entre deux dimensions du langage, l’une faite de signes sensibles, l’autre empreinte de fluidité ou de déséquilibres. " 
Michel Kelemenis

TATTOO, créé pour le Ballet National de Marseille en novembre 2007, relève aussi du concept de L’électroacouCycle. 3 hommes et 2 femmes sur pointes se jouent du glissement vasculaire d’une danse dans une autre danse, contemporaine à classique, et inversement.