3 poèmes inédits — Kelemenis & cie
3 Poèmes inédits © Laurent Lafolie
3 Poèmes inédits © Laurent Lafolie
3 Poèmes inédits © Laurent Lafolie

3 poèmes inédits

2001

Durée : 1h00

Michel Kelemenis

Kelemenis & cie

"Les 3 poèmes inédits veulent porter à la scène une question initiale et constante chez le chorégraphe dont la création ne se révèle qu’au travers d’autres corps : la question de l’altérité.

Des corps forcément étrangers, déployés dans un temps élastique ponctué de détentes soudaines, des corps porteurs d’espaces métaphoriques et aussi créateurs d’images réelles qui en provoquent d’autres, intérieures et personnelles.

3 poèmes inédits ouvre les voies d’un chantier à long terme par lequel je souhaite bousculer mon propre rapport à ce qu’est le présent de la représentation.
Accéder à un sentiment d’évasion en alternant temps écrits et fragments improvisés.
Élargir le champ d’expression en exaltant d’un côté la singularité de chaque individu, et de l’autre, en rassemblant les danseurs dans des élans d’écriture détaillée.
Mêler plus intimement les actes de création et d’interprétation pour régénérer de l’intérieur la présence scénique et renouveler la notion de risque.
Ouvrir des espaces de virtuosité individuelle.
Interroger en le malmenant le réflexe stylistique.

Deux premières pièces dansées l’une par des artistes occidentaux, la seconde par des artistes orientaux, jouent des diversités de présence des interprètes ; enfin, les uns découvrant les autres, leur rencontre devient le substrat d’un troisième poème."

Michel Kelemenis  

Distribution

Conception générale, chorégraphie et scénographie - Michel Kelemenis
Danseurs - Séverine Bauvais, Arnaud Cabias, Megumi Matsumoto, Christian Ubl, Takeshi Yazaki
Création musicale - eRikm
Lumière - Manuel Bernard
Costumes - Christian Burle
Régie générale et son - Étienne Fortin

Production

Kelemenis & cie 
Octobre en Normandie / Danse à Aix

Avec le soutien de la fondation franco-japonaise Sasakawa, de l’AFAA (Association Française d’Action Artistique), du Théâtre du Gymnase à Marseille, de l’Institut franco-japonais du Kansaï

Les échos

Nouvel Observateur Raphaël de Gubernatis

oct.2001

Naissance d’un maître
Dans sa jeune carrière, Michel Kelemenis a commis des merveilles comme 3 poèmes inédits, créés cet été au Festival de danse d’Aix-en-Provence. Une partition particulièrement belle d’eRikm ; un décor conçu avec intelligence et donnant à voir le spectacle et les danseurs sous deux angles différents selon que le public est placé d’un côté ou de l’autre de la scène ; des éclairages savants, délicats ; des interprètes remarquables, les hommes surtout, ce qui est rare : tout porte admirablement une chorégraphie subtile qui s’épanouit avec une élégance, une science jamais démentie.
Certes Michel Kelemenis n’y renonce pas toujours à un certain maniérisme. Mais ces affectations de langage s’évamouissent dans un ensemble dont l’équilibre est magistral. À 41 ans, c’est en maître en effet que le chorégraphe a composé ces 3 poèmes inédits, qui sont peut-être ce qu’il a donné de plus parfait.

Danser Odile Cougoule

sept.2001

Sol, toile coupant l’espace scénique en deux, costumes d’étoffe légère, tout est blanc dans la dernière création de Michel Kelemenis. Dans cet environnement dont la pureté nous projette dans les limbes, 5 danseurs (3 français et 2 japonais) se découvrent l’un l’autre dans des effleurements craintifs. Par ce jeu enfantin de "je te touche, tu me touches", le mouvement parcourt les corps comme un courant électrique.
La danse presque animale se construit, dans une succession de solo, duo et trio vifs et poétiques. La toile, à la fois miroir à traverser, fenêtre à ouvrir ou paroi translucide, crée des opportunités aux escamotages et images en ombres chinoises. L’ensemble prend peu à peu des al-lures de parties de cache-cache accentuant l’aspect ludique recherché par le chorégraphe. Dans ce dédale du "se cacher, voir, être vu, se montrer", le couple de japonais (Megumi Matsumoto, Takeshi Yazaki) fait merveille. Entièrement présent à la danse, il force le regard et nous fait entrer dans le jeu. La pièce finit rideau ouvert laissant les spectateurs portés de chaque côté de la toile, intrigués sur ce qu’ils ont finalement vu.

Libération Marie-Christine Vernay

20 juil.2001

3 poèmes d’ébats vibrants

Brise Dans la cour de l’IUFM, propice à l’écoute, les trois poèmes écrits pour des danseurs occidentaux et orientaux passent comme une brise. Dans cette pièce, le chorégraphe a travaillé sur l’espace de représentation disposant des gradins de chaque côté de la scène, favorisant la proximité avec le danseur. L’aire de jeu est un tapis de danse blanc, marqué par les traces noires de ce qui pourrait être de la gomme de chaussures, un rideau mobile divisant la scène en deux. Le spectateur ne peut voir qu’un côté de la scène, la chorégraphie isole ainsi les danseurs occidentaux des orientaux. Jusquà ce que, dans un moment assez jubilatoire, ils se rejouissent pour de nouveaux jeux.
Dans les costumes de Christian Burle, blancs et unisexes, qui collent à la peau en suggérant l’idée de moiteur, avec un rien de couture en forme de boursouflures ou de cicatrices, les 5 danseurs se sont livrés à des ébats bien doux, tout à la fois préoccupés de faire circuler la danse entre eux, de se renvoyer la balle en quelque sorte, tout en préservant leur propre mouvement dans l’optique de tout laisser aller, de tout laisser filer.
C’est dans ce mouvement de ne rien retenir que la danse de Michel Kelemenis s’est transformée, moins appuyée dans un maniérisme qui ne lui convient guère.
Proximité On s’est réjoui de la légèreté des échanges, à une époque où il est plutôt question de s’empoigner et de se triturer. Même si les poèmes présentent encore on ne sait quoi du flirt adolescent, on a échappé à la minauderie ou à l’étreinte passionnément étouffante, la danse allant d’un trio d’hommes à un duo de femmes, pudique mais vibrant.
La musique d’eRikm se mêle à la danse, l’amplifie, tend les danseurs. La lumière de Manuel Bernard s’amuse avec le blanc, se sert du rideau comme un drap, intime, apaisante. Pris entre les spectateurs, les danseurs profitent pleinement de l’espace qui leur est offert, l’abandonnant parfois ou invitant le public d’un geste de la main. La pièce est simple, résultat d’un travail d’équipe et Michel Kelemenis trouve ici un nouveau rapport de proximité avec le public, toujours dans une préoccupation chorégraphique et non dans le corps à corps.

 

Le Figaro René Sirvin

19 juil.2001

L’envers du décor
La pièce se déroule dans un décor très pur, tout blanc, toile de fond et sol décorés d’un simple graphisme noir. Cinq danseurs attendent sur le côté, un couple de Japonais et trois Occidentaux. C’est un délicieuse petite rousse Séverine Bauvais, qui ouvre le spectacle par un solo fluide et doux, en chemise et pantalon d’un blanc léger, pieds nus. Un insolite petit jeu s’établit entre la danseuse qui sort, passe derrière la toile de fond, et le danseur japonais qui vient la rechercher pour un second solo ; petit jeu qui se poursuit en compagnie des 2 garçons, Arnaud Cabias et Christian Ubl, tout au long d’un trio calme et pacifique. Suivant des éclairages, les Occidentaux paraissent se découper, en noir sur la toile de fond, tandis que Megumi Matsumoto et Takeshi Yazaki apparaissent en ombres chinoises. Parfois aussi, par effet de transparence, on distingue, non pas 3 effigies sur la toile, mais 5.
Après ces duos et trios poétiques, suit une charmante séquence où chacun des danseurs pointe son doigt vers un spectateur dans la salle et semble improviser une danse rien que pour lui. Puis coup de théâtre, des artistes tirent la toile de fond, et le public découvre avec surprise d’autres spectateurs au fond de la salle sur des gradins. Il est évident qu’eux aussi ont vu un spectacle de l’autre côté du rideau, peut-être différent, ou peut-être le même en alternance ! L’idée est des plus originales.

Textes complémentaires

eRikm, délicat géant

"C’est un jour (beau) où il accompagnait un danseur dans le Studio de la compagnie que j’ai entendu pour la première fois la musique d’eRikm. Par un champ sonore à la fois étal et détaillé, il imposait à l’air ambiant une mise en mouvement immédiatement répercutée sur les sens des spectateurs présents. Il usait encore de platines qui aujourd’hui sont disparues, mais sur lesquelles son corps imprimait les spirales inouïes qu’il transfère à présent sur d’autres instruments électroniques nouveaux dont j’ignore le nom.

Je jalouse sa possibilité d’être amplifié dans l’instant du simple au centuple, j’envie le bain d’écoute dans lequel il s’immerge et se fond pour écrire, toujours dans l’instant, sa relation à l’autre musicien.
Ainsi agit-il en danseur en se faisant écho spontané des mouvements que produisent les mouvements les danseurs devant lui.

Passé au-delà du « réflexe de citation » propre aux platinistes, il s’ingénie à intervenir sur la texture de l’atmosphère et l’écoulement du temps. C’est ainsi qu’il impose pacifiquement (quel assemblage !) l’écoute d’une infime fréquence, d’un cliquetis, d’un grattement... L’alternance des matériaux provoque alors une respiration de la représentation mentale de l’espace, tantôt vers un lointain, tantôt vers l’intérieur de soi.
Immédiatement mis en tension, les danseurs y puisent à leur tour dynamique, présence et énergie."
Michel Kelemenis

J’aime voir Takeshi danser

"Danser au Japon n’est pas si simple, en particulier lorsqu’on propose une expression nouvelle. Ainsi là-bas, la vie professionnelle de Takeshi se décline le plus souvent sous la forme des cours qu’il dirige, que celle, autrement indispensable, des pièces qu’il crée ou de celles qu’il danse.
Or j’aime le voir danser.
L’attraction d’un danseur vers l’autre ne s’explique pas. Un corps curieux de ce qui l’entoure, et c ‘est le cas du corps des danseurs, se nourrit de surprises assimilées spontanément, hors compréhension mentale, par un regard simultanément précis et global, qui n’a plus rien à voir avec l’observation, à force -bien sûr- d’observation. Je suis de plus fasciné par l’opposition entre la retenue faussement pudibonde d’une société dont Takeshi porte l’image et l’indescriptible liberté de ton, d’état et de texte qui le caractérisent en scène. Comédien, il mêle mouvement et théâtralité, en lui d’abord, puis en s’entourant de personnalités diverses au sein d’un groupement qu’il a baptisé ARROW DANCE COMMUNICATION.
Le programme Traduction simultanée en 1999 ouvrait une fenêtre sur son travail de chorégraphe. Le solo Space 4.5 habite encore, je pense, les pupilles de chaque spectateur tant il brillait de finesse et de clarté…
Notre collaboration connaît donc un nouvel opus avec les 3 poèmes inédits, pour lesquels Takeshi est rejoint par Megumi Matsumoto, danseuse de sa compagnie, et j’ose dire une jumelle de danse tant leurs qualités sont fondues l’un dans l’autre en répétition comme sur scène."
Michel Kelemenis