Faune Fomitch — Kelemenis & cie
Faune Fomitch © Philippe Bréson
Faune Fomitch © Philippe Bréson
Faune Fomitch © Philippe Bréson

Faune Fomitch

1988

Michel Kelemenis

Kelemenis & cie

”Il arrive que la réalité soit trop complexe 
pour la transmission orale, 
la légende la recrée sous une forme 
qui lui permet de parcourir le monde.”
 
Claude Moureau-Bondy


Ce solo, version contemporaine de l’Après-midi d’un faune, ballet de Nijinski, est un “corps pur”. Aucune adjonction de colorant ou autre conservateur, Michel Kelemenis se présente on ne peut plus sobrement, en body couleur des bois. Le faune est solitaire. Rien de démonstratif dans le processus de séduction, tout arrive de la part secrète du danseur. Ce qui attire chez Kelemenis, c’est son jeu d’apparition et de disparition. Il y a quelque chose de la danse des 7 voiles de Salomé dans ce faune-là. Sous la gestuelle attirante comme l’étoffe, se cache l’objet du désir innomé, innommable. Et c’est au moment où l’on croit saisir le secret que Kelemenis se dérobe, s’évanouit pour reprendre forme ailleurs, là où il appelle de nouveau le public. Dans une course effrénée ou dans la pose du repos… 

Marie-Christine Vernay - Lyon Libération - septembre 1988

Distribution

Chorégraphie et interprétation - Michel KELEMENIS 
Création musicale - Gilles GRAND 
Conception musicale - CANOPE 
Assistante à la chorégraphie - Priscilla DANTON 
Costume - Dominique FABREGUE 
Lumière - Evelyne RUBERT

Production

Kelemenis & cie, Biennale Internationale de la Danse de Lyon, Théâtre de l’Agora d’Evry

Les échos

Pour la danse Patrick Bossatti

nov.1988

Le Faune Fomitch
L’une des vertus cardinales de la danse de Michel Kelemenis est d’inclure immédiatement le projet de son mouvement dans une dimension ludique et généreuse. Plaisir d’offrir, dont le seul titre renseigne sur la motivation finale de son expéditeur, comme Ton bâton sur ma tête ou encore Faune Fomitch, évocation du Faune de Nijinski, présenté lors de la soirée de gala de la Biennale internationale de la danse de Lyon, sont toutes trois des pièces brèves, percutantes, qui allient énergiquement la gravité et l’humour.
Faune Fomitch semble écrit comme sous l’inspiration d’un voyage vers une contrée fraîchement explorée, dont les artistes, dont les images s’imposent avec évidence lorsque l’artiste en formule ses impressions en retour. Bien entendu le voyage au pays du Faune est mental. Ce qui n’est pas le moindre des paradoxes de ce chorégraphe-danseur qui va retranscrire physiquement , avec force, les rares informations recueillies sur le tournant décisif que fut le Faune dans la carrière du Russe bondissant. Jeté, plié, arabesque, marche, chacun de ses gestes réinventés est profond, proche du sol et d’une neutralité superbe. Pourtant l’interprétation les double instantanément de leurs acceptations contemporaines en les resituant dans la problématique du solo, du geste contre le mouvement virtuose, de l’expression intime et de son passage au statut de chorégraphie.
Loin de la reconstitution sans âme et de l’hommage flamboyant, utilisant avec équité ses propres ressources corporelles, il se laisse, selon ses termes, "aspirer" par le mystère et trouve les formes actuelles et adéquates pour "penser" un Faune qui pourrait bien servir de repère à une génération de jeunes chorégraphes.
La partition de Gilles Grand pousse à son paroxysme ce processus de réflexion sur l’oeuvre de Nijinski et de Debussy et retourne les questions soulevées par le chorégraphe vers celles que peut se poser tout compositeur contemporain. Qu’est-ce aujourd’hui qu’écrire électroacoustiquement ? Existe-t-il un rapport de conviction profonde entre composition musicale et chorégraphie ? Le charivari furtif et subtil du son de Faune Fomitch, qui trouve sa lointaine origine dans la partition de Debussy, est construit en étroite collaboration avec l’écriture gestuelle du chorégraphe. S’il n’apporte aucune réponse, il ouvre avec élégance de nombreuses pistes de travail.
Chapeau !