Cendrillon © Vincent Lepresle
Cendrillon © Vincent Lepresle
Cendrillon © Vincent Lepresle
Cendrillon © Vincent Lepresle
Cendrillon © Vincent Lepresle

Cendrillon

2009

Durée : 1h00

Michel Kelemenis

Ballet du Grand Théâtre de Genève

« Mes sœurs sont belles, en effet. Parées des soies que j’ai lissées pour elles et des bijoux offerts par notre père, elles vont ce soir, reines au bal, gagner les yeux du plus envié d’entre les hommes. Jamais un prince, Mère de souvenir, ne me verrait à côté de leur beauté. Mère dans l’arbre, étends les cinq doigts de ta main providentielle, transporte la souillon que je suis de ce pauvre refuge de cendres et de suie dans les airs de la fête, à travers les danseurs. Arrête le temps, fais se voir les cœurs plutôt que les yeux… » 
Prière, extraite du journal de Cendrillon

Les échos

www.resmusica.com Jacques Schmitt

oct.2009

Pour un amateur d’opéra, assister à un ballet est une épreuve souvent courageuse. A l’opéra, l’amateur espère voir un spectacle où un metteur en scène va lui raconter une histoire, où des chanteurs vont la lui chanter, où un décorateur va planter un décor qui, parfois même est en relation avec le lieu où se déroule l’intrigue. Caricaturalement, pour cet individu, il imagine le ballet comme un décor poussiéreux devant lequel des jeunes filles en tutu vont traverser une scène lisse de tous obstacles sur des chaussons pointus et où des jeunes hommes en collant vont faire des sauts acrobatiques. Ou alors, devant le décor d’une unique toile noire, des hommes nus qui se croisent et s’entrecroisent sans qu’on en comprenne véritablement le sens. C’est dire que lorsque tombe l’invitation pour assister au ballet Cendrillon, notre amateur d’opéra en est presque à espérer la visite de belle-maman plutôt que la soirée danse !

Et bien, bien lui en a pris de laisser belle-maman à la maison parce que la vision que Michel Kelemenis lui a laissé de cette Cendrillon basée sur le conte de Grimm et dont Serguei Prokoviev a composé la musique l’a totalement conquis. Racontant les rêves de Cendrillon mieux que ne l’aurait fait un livre, ce ballet narratif est un véritable enchantement. Non seulement pour la chorégraphie souple, enlevée d’où émergent des notes d’humour inattendues, ni pour la scénographie subtile et magnifique de Bruno de Lavenère, mais encore par l’enthousiasme transparaissant des danseurs qui s’en donnent à coeur joie. Néophyte, votre serviteur l’est et le reste, donc, n’attendez pas qu’il analyse le moindre geste de la danse, mais l’émerveillement de ce spectacle passe bien au-dessus de la note technique des pas et entrechats. Les deux solistes principaux Yu Otagaki (Cendrillon) et Damiano Artale (Le Prince) sont d’une beauté amoureuse d’une rare authenticité. Pas de maniérisme dans leur duo, ils dansent l’amour avec l’authenticité de deux jeunes gens éperdument épris l’un de l’autre. Dans des gestes simples, efficaces, les doigts de Cendrillon courants, telle une petite souris, vers la main du Prince, sont autant de détails qui parsèment avec bonheur la chorégraphie poétique de Michel Kelemenis. Et quel humour dans cette scène où tout le ballet, hommes et femmes confondus se déguisent avec les atours de Cendrillon pour tenter de conquérir le Prince. La poésie de Kelemenis ne serait pas si belle si elle n’était habillée du génial décor mouvant de Bruno de Lavenère coiffant l’ilôt central de la scène et ses troncs d’arbre d’un rideau perlé permettant habilement de changer les tableaux de l’intrigue sans souffrir d’aucune interruption. Jusqu’au très beau tableau de l’enlacement final des deux amants.

Dans la fosse, l’Orchestre de la Suisse Romande joue cette musique pour la première fois de son existence. Sous la baguette du chef français Philippe Béran, on est surpris par le lyrisme qui se dégage de la partition. Un apport musical qui certainement inspire tout le spectacle. Il ne reste qu’à espérer que le Ballet du Grand Théâtre le montrera encore et encore dans ses tournées et qu’il reviendra bientôt à l’affiche de notre scène genevoise pour enchanter le public qui lui a déjà fait un triomphe mérité.

La Provence Patrick Merle

13 oct.2009

Au Grand Théâtre de Genève, Kelemenis s’amuse avec "Cendrillon".
Le chorégraphe marseillais signe son premier ballet classique. On le verra en février 2011 à Aix.
Tandis que le Mouvement citoyen genevois battait le pavé d’élections locales en dénonçant les "racailles" françaises, Michel Kelemenis créait une Cendrillon qui fera date. Expatrié en Suisse pendant deux mois, le chorégraphe marseillais a fait fi des querelles transfrontalières pour offrir sa version du conte de Perrault sur la musique de Prokofiev. Une première en 25 ans de carrière : "C’est mon premier ballet figuratif narratif", sourit-il à l’issue de la seconde représentation qui, comme la première, a été saluée par un tonnerre d’applaudissements. "Jusqu’ici, je refusais par position personnelle, travaillant plutôt sur la notion de langage". il aura fallu la longue amitié qui le lie à Philippe Cohen pour franchir le pas. L’actuel directeur du Ballet du Grand Théâtre de Genève a été danseur à ses côtés chez Dominique Bagouet. Depuis, il suit la carrière de "Kele" avec attention :"En 1998, à peine avais-je créé le solo "Kiki la Rose" à Avignon qu’il le faisait entrer au répertoire du Ballet." Voici deux ans, le chorégraphe remontait aussi le quatuor Image pour la compagnie genevoise. Cette fois, il est passé à la vitesse supérieure, avec la vingtaine de danseurs :"C’est comme si on m’avait donné à conduire une voiture du type Rolls Royce ou Ferrari, savoure le créateur. Dans ce laps de temps où, à Marseille, je me retrouvais sans vrai lieu, j’ai pensé que c’était peut-être le moment de dire oui. J’ai écouté Prokofiev, j’ai un peu réfléchi puis j’ai dit banco."
Pour gagner du temps Philippe Cohen a suggéré Bruno de Lavenère comme scénographe :"un bonhomme délicieux, vif, intelligent, qui connaissait l’équipe technique ici." Son dispositif circulaire impressionne.
Philippe Combeau, que Kelemenis connaît bien, signe les costumes. Jouée live à Genève par l’Orchestre de la Suisse Romande, la partition retenue en tournée est celle, "pétillante, de l’orchestre de Cleveland. Je voulais que cela soit un peu vivace."
Présent en Suisse, Dominique Bluzet a confirmé que cette Cendrillon serait reçue en février 2011 au Grand Théâtre de Provence à Aix.

La Marseillaise Denis Bonneville

10 oct.2009

Première incursion dans le "ballet narratif" pour le chorégraphe marseillais qui a séduit Genève.
Cendrillon, avec la flamme de Kelemenis
Entre Michel Kelemenis et le Ballet du Grand Théâtre de Genève, c’est une longue histoire, entamée en 1997, avec Tout un monde lointain, poursuivie avec le solo Kiki la Rose, maintes fois repris depuis 10 ans, puis le quatuor Image, à l’automne 2008. Mais cette 4è collaboration du Marseillais avec l’institution suisse est une "première", non seulement par son ampleur - les 22 danseurs du Ballet sont mobilisés - mais surtout par le risque que représente, pour cet artiste, formé chez Bagouet et féru d’abstraction et de sensations, une première expérience "narrative".
"J’étais tétanisé, mais le sujet m’obsédait, et je me suis lancé." se souvenait-il, quelques minutes après la dite Première, mardi à l’Opéra genevois. Le sujet en question, c’est Cendrillon, sur la partition - méconnue mais remplie de trésors - de Prokofiev. D’emblée le parallèle était évident avec le Blanche neige dont s’est emparé l’an dernier, l’Aixois Angelin Preljocaj pour la Biennale de Lyon, d’autant que "Kele" a lui aussi choisi une danseuse asiatique - la sublime Yu Otagaki - pour le rôle titre.

L’évocation plutôt que la démesure
Disons le tout net : le parallèle s’arrête là, et les deux héroïnes ne subissent heureusement pas le même sort chez l’un et chez l’autre. Passé à une moulinette Kamel-oualienne bien épaisse (avec nains varappeurs et profusion de gadgets inutiles) par le patron du Pavillon noir, le conte est, ici, transmis avec un dépouillement scénographique d’une belle élégance : ainsi, le tronc où la pauvresse vient pleurer la mort de sa mère se transforme en arbre luxuriant par le truchement de rideaux de perles, la salle de bal, qu’on imagine luxuriante, est évoquée par un bel escalier.
Idem pour les seconds rôles : par exemple les deux soeurs ne sont pas enlaidies "à la Disney" mais sont d’une beauté que seuls leurs atours rouges - costumes - viennent entacher d’égoïsme et de cruauté. Jolie trouvaille, les "charmes", mâles feux follets immaculés, qui viennent se substituer à une fée qui aurait été trop conventionnelle...

Humour, tendresse et délicatesse
C’est avec la même "évidente simplicité" que Kelemenis a fomenté le geste de ce monde en mouvement perpétuel et en constante recherche d’évolution : il "raconte" forcément, et le récit reste aussi lisse que l’original ; ceux qui, d’ailleurs, sont allergiques au genre le resteront, évidemment. Mais avec la fluidité et les amplitudes qui font sa "touche", il parvient à se dégager de ces pesanteurs en ponctuant sa fable de facéties et d’inventions qui allègent tout ce que le récit pourrait avoir de chargé. Une pointe d’humour (plus coquine que celle de Perrault, Cendrillon n’y perd pas sa chaussure par mégarde, mais la pose à terre bien délibérément), et d’érotisme final (Cendrillon et son prince - éclatant Damiano Artale - n’ont-ils pas eu "beaucoup d’enfants" ?), Kelemenis relève son défi. Sans tape-à-l’oeil, mais avec une délicatesse et une tendresse palpables, il transforme le souillon en princesse sans sombrer dans l’outrance, ni parodier son propre langage.

Tribune de Genève Benjamin Chaix

7 oct. 2009

Avec Cendrillon, le Grand Théâtre modernise la féérie
Michel Kelemenis réussit une très belle adaptation du conte de Grimm pour le Ballet.
Après Casse-Noisette, Coppélia, et Roméo et Juliette, le Ballet du Grand Théâtre ajoute un nouveau titre de ballet célèbre à son répertoire. Ces relectures, très différentes les unes des autres, ont été chacune un succès et Cendrillon fait aussi bien, sinon même mieux.
Ce spectacle dansé jusqu’à dimanche seulement sur la scène de Neuve est une féérie moderne qui répond tout à fait au qualificatif de "ballet narratif contemporain" inventé par son auteur le chorégraphe Michel Kelemenis. Pour Cendrillon, Kelemenis et ses collaborateurs Bruno de Lavenère (scénographie), Philippe Combeau (costumes) et Harrys Picot (lumières), ont trouvé ensemble le ton juste.

Un humour bien inspiré.
Si le conte de fées se passe ici de fées - elles sont remplacées par cinq gogos boys au look sexy - la machinerie et les accessoires du théâtre insufflent habilement le rêve et la magie. A l’instar des danseurs, le merveilleux décor fait corps avec la musique de Prokofiev. Il se déploie, grandit, disparaît, tourne et nous emporte dans un ravissement constant.
Le Kitsch ou le burlesque - à doses exactement comptées - se doublent toujours d’humour bien inspiré, et la musique, comprise et appréciée par le chorégraphe, soutient à merveille la portée émotionnelle de cette simple histoire d’amour triomphant de l’injustice. Lisible, l’histoire de Cendrillon l’est d’un bout à l’autre de la pièce, interprétée par de magnifiques danseurs dans ses ensembles vifs et amusants et des séquences intimistes parfois émouvantes.
En une heure vingt sans entracte, la chaussure égarée a retrouvé sa propriétaire. Le ravissant couple formé par Yu Otagaki et Damiano Artale partage alors avec ses camarades les vivats d’un Grand Théâtre sous le charme.

Le temps Marie-Pierre Genecand

7 oct. 2009

Cendrillon émancipée au Grand Théâtre
Le chorégraphe français Michel Kelemenis libère la féérie de son corset néo-classique. L’héroïne et son prince renaissent dans une forêt de perles. Un bonheur visuel et musical.
Un écrin de perles pour une Cendrillon émancipée. Hier soir au Grand Théâtre de Genève, le français Michel Kelemenis a proposé une Cendrillon qui se serait invitée chez la Belle aux Bois dormants. Pour sa relecture du célèbre ballet mis en musique par Prokoviev en 1945, le chorégraphe marseillais transporte son héroïne dans une forêt scintillante et transforme la bonne fée en six charmes aux allures de fanes pailletés.
Sa danse ? Une variation sur les entrelacs, motif de chaîne anglaise plusieurs fois revisité où les danseurs du Ballet du Grand Théâtre de Genève au complet coulissent les uns entre les autres comme on tisse les mailles d’un filet. De quoi exprimer la complication des liens dans la famille recomposée de Cendrillon. Et surtout, le tohu bohu des corps, je te tiens, tu me tiens, à cet âge où chacun cherche son chat. Les colliers, les voiles, le bal : à chaque séquence plutôt drôle et colorée, c’est tours de passe-passe et courses de relais. La fluidité et la légèreté dominent. Jusqu’à la magnifique scène finale où tout s’arrête et où Cendrillon (Yu Otagaki) devient sirène, port d’attache. Bonheur des yeux et bonheur des oreilles : emmené par le très dynamique Philippe Béran, l’Orchestre de la Suisse romande donne une version à la fois mouvementée et poignante de la partition. La célèbre valse sombre du bal court longtemps dans les oreilles du spectateur captif.

Textes complémentaires

Le Ballet du Grand Théâtre de Genève

Le Ballet du Grand Théâtre de Genève, première compagnie de ballets à m’avoir confié une création, a dansé en 1997 Henri Dutilleux avec le concerto pour violoncelle Tout un monde lointain chorégraphié pour 17 danseurs, Hector Berlioz depuis 10 ans avec l’évanescent solo Kiki la rose, et une Image de Claude Debussy, quatuor sur pointes, créé à l’automne 2008. Cette quatrième collaboration autour du Cendrillon de Prokofiev se démarque par son ampleur, une soirée entière pour l’ensemble des 22 danseuses et danseurs de la compagnie : voilà mon conte de fées. 

Michel Kelemenis
, mars 2009

Chorégraphe contemporain

Chorégraphe contemporain, je n’ai jamais auparavant été tenté par la relecture d’une œuvre du grand répertoire. L’opération me semblait empreinte de stratégie et de marketing plus que de sincérité. C’est au détour d’un long cycle personnel consacré aux essences de la danse que l’invitation par le Ballet du Grand Théâtre de Genève de reprendre Cendrillon trouve sa cohérence. 
Archétype des danses de scène un ballet sait faire cohabiter les opposés : réalisme et fiction, pantomime et abstraction, rituel et transgression, performance et rêverie… Il puise son potentiel empathique dans la capacité du mouvement dansé à stimuler et transporter d’innombrables imaginaires individuels simultanément. Le ballet est un genre en soi, chargé de figures obligées, de coutumes, de réflexes acquis ou hérités, de grâces surlignées… Et d’immenses beautés patrimoniales toujours régénérées par de merveilleux interprètes du langage classique. Comment être un prince en scène aujourd’hui ? La question partagée il y a quelques années avec Kader Belarbi, danseur étoile de l’Opéra national de Paris résonne : comment aborder aujourd’hui la réécriture d’une œuvre du répertoire ?

Michel Kelemenis, mars 2009

Comment faire danser Cendrillon ?

Comment faire danser Cendrillon ?

L’énergie d’une première réponse s’extrait de l’écoute musicale. L’œuvre de Prokofiev est belle, mais, conçue au milieu du XXe siècle, sa structure est assujettie aux lois du ballet tel qu’il se concevait en Europe occidentale au siècle précédent : par cet anachronisme, elle témoigne de la fracture de l’Histoire mondiale et d’un temps où une hiérarchie des expressions permettait au chorégraphe d’imposer au compositeur un nombre de séquences, de mesures ou le choix des tempi. Par exemple, la multiplication des fées offrait à chacune des danseuses étoiles de se succéder en de brefs soli d’1 à 2 minutes. Les numéros de bravoure appelaient les applaudissements, mais détournaient les spectateurs de la narration au profit du seul genre du ballet, au détriment évident du souffle musical. Affranchir la musique de ces anecdotes supplétives inventées alors pour faire leur place aux piqués et aux fouettés, c’est former le projet de l’actualiser. En dénouant les liens forgés à l’origine de la création, le potentiel d’expression du conte par la danse se libère aussi et se dynamise : le miroitement des écritures chorégraphique et musicale devient une alternative à la dépendance et éloigne le risque de la redondance.

Michel Kelemenis, mars 2009

Alors que Perrault...

Alors que Perrault nimbe de douceur compassionnelle la quête de bonheur de l’héroïne, les Frères Grimm teintent de rouge le conte de Cendrillon : les cruautés et les mensonges des sœurs y sont punis dans le sang. Mais ici point d’orteils amputés ou d’yeux crevés : le rouge est une première couleur sur la palette des symboles imaginés pour réinventer les scènes emblématiques de l’intrigue : les sœurs, le bal, minuit, la perte du chausson, le défilé des prétendantes… Le décorateur Bruno de Lavenère écarte le réalisme des espaces. Dans le sillage de la Psychanalyse des contes de fées de Bettelheim, il établit une fusion entre la mère défunte, l’âtre où croupit Cendrillon et le rameau qui lui est remis en cadeau par son père. Tronc calciné, rameau, arbre, forêt : le cycle métaphorique de la scénographie dessine le parcours du passage de l’enfance orpheline à l’âge adulte. Un discours parallèle est développé par le costumier Philippe Combeau à travers les toilettes de l’héroïne qui de souillon devient aspirante puis élue, la progression de l’emprise scénique de ses robes cristallisant les étapes d’un bonheur croissant. Le styliste juxtapose avec élégance des vêtements actuels intemporels et les fonctions narratives ou enchanteresses indispensables au récit. 

Dans la tradition du ballet, le grotesque est le négatif dramaturgique du merveilleux : il est formellement conservé, mais déplacé vers des scènes différentes comme le défilé des femmes du royaume, alors que l’habitude ridiculise les 2 sœurs, toujours caricaturées par des hommes. Nos sœurs sont de belles femmes et Cendrillon le sait, le voit. Ainsi naissent en elle les premiers assauts du désir et de la rivalité. Par une autre inversion, cinq Charmes succèdent aux fées d’hier : ils sont l’expression magique de la protection de la mère, attachés aux transformations et au(x) transport(s) de la fille. Enfin, le Prince subit les chamailleries de 2 amis ; ainsi démystifié, une humanité inédite épaissit sa présence et son rôle. 
Sachez d’ailleurs que notre conte finit bien. Et si, par la grâce de la stylisation dansée, il n’y a pas de quoi masquer les yeux des tout-petits, il finit bien par : ils eurent beaucoup d’enfants !  

Miche Kelemenis, mars 2009

Le journal de Cendrillon

Premières répétitions du 2 au 12 juin 2009, avec l’ensemble des danseurs du ballet du Grand théâtre de Genève 

Outre la puissance d’évocation et la capacité à générer des sentiments ou sensations multiples, la musique écrite par Prokofiev pour le ballet Cendrillon cumule les couches narratives. Les lignes mélodiques sont associées aux personnages ou aux actions, le découpage en 50 numéros brefs d’1 à 5 minutes interdit le développement d’un état de corps, chaque numéro étant par ailleurs séquencé de manière caractéristique et incontournable. Enfin, coup de boutoir définitif, il est question d’un bal, un exercice risqué où la danse, tenant le rôle de sa symbolique sociale, perd toute forme de distance à ce qu’elle peut ou sait raconter. Cendrillon est un parcours d’obstacles. Difficile, mais extraordinairement vivifiant ! 
Durant les 2 semaines en compagnie de danseurs gourmands et avides de création est abordée la question des modalités de la narration, celle des implications spatiales de la scénographie inventées par Bruno de Lavenère, et celle des traits de caractères, gestuels évidemment, des personnages. Si la distribution n’est pas définitive ni achevée, de nouveaux danseurs étant attendus pour la rentrée d’août, l’héroïne et son Prince se sont déjà rencontrés lors d’un premier duo, pour comprendre comment alterner distance et fusion entre la danse et la musique, comment s’approprier autrement, mais en l’acceptant, d’énormes forte d’orchestre qui appellent traditionnellement de grands portés à bout de bras. L’aventure est passionnante ; c’est avec un vrai pincement au cœur que je quitte les danseurs et l’ouvrage pour l’été.

Reprise des répétitions le 17 août 2009

Cendrillon à l’embouchure du Léman.

Timides mais fougueux… Au Ballet de Genève, Cendrillon et son Prince se ressemblent avant de se rencontrer, chacun rechignant avec la même énergie à accepter des cadres sociaux forts différents. Quand elle exécute à contre cœur sa tâche principale de coudre les robes des sœurs et femmes, lui n’apparaît au bal que forcé par les huissiers du royaume... 
Se contraindre à l’exercice de la narration, passablement mis de côté par la danse contemporaine, est fascinant. Respecter les emblèmes, relire les rôles, accepter de mettre souvent de côté le temps de la danse au profit de celui d’une musique quasi septuagénaire, chargée d’événements et d’actions, impossibles à ignorer. 
Parce qu’il est question de l’immense destinée d’une enfant encore très jeune, sur un sol au miroitement profond, chaque élément mis en scène connaît son opposé : le réel côtoie la fantaisie, et le petit, l’énorme ; la technologie métallique, monumentale et éthérée, cohabite avec les troncs d’arbres ouvragés de façon traditionnelle, le vêtement quotidien admet le costume théâtral, des scènes tournoyantes mettent en valeur un moindre soupir, le grotesque répond au merveilleux… 
A peu de choses près, 2 actes sont écrits, la présentation des personnages et le bal. Reste aux femmes de présenter leur pied au Prince et à celui-ci de parcourir la forêt pour y, peut-être, retrouver Cendrillon.