Kiki la rose — Kelemenis & cie
Kiki la rose © Carole Parodi
Kiki la rose © Carole Parodi

Kiki la rose

1997

Michel Kelemenis

Kelemenis & cie

Kiki la rose est une variation autour d’un célèbre port de bras du très grand danseur russe du début du XXème siècle : Vaslav Nijinski. Le mouvement du corps se laisse influencer par les évocations de Théophile Gautier dans un poème extrait des Nuits d’été, mis en musique par Hector Berlioz. La chorégraphie délaisse les prouesses techniques pour que de l’interprète survienne l’homme, avec l’ambition de ne laisser paraître que la légèreté subtile d’un bonheur sevré de ses fractures : une palpitation de vie. 
Deux extérieurs se succèdent. Le premier est futur, dont la fraîcheur naïve ne permet de soupçonner aucun drame, et le second, passé : dans la fine mélancolie du Spectre de la rose, la fleur fanée se souvient de son ultime soirée contre le sein d’une gracieuse, métaphore possible d’une existence entièrement vouée à la danse.

Distribution

Chorégraphie et danse - Michel Kelemenis 
Musique - Hector Berlioz sur les poèmes de Théophile Gautier Villanelle et Le spectre de la rose 
Chant - Christine Gabrielle 
Piano - Didier Puntos 
Costume - Philippe Combeau 
Lumière - Philippe Grosperrin

Production

Kelemenis & cie 
Les Hivernales d’Avignon

En tournée

Textes complémentaires

Le spectre de la rose

Soulève ta paupière close
Qu’effleure un songe virginal ;
Je suis le spectre d’une rose
Que tu portais hier au bal.
Tu me pris encore emperlée
Des pleurs d’argent de l’arrosoir ;
Et parmi la fête étoilée
Tu me promenas tout le soir.

Oh toi, qui de ma mort fut cause,
Sans que tu puisses le chasser,
Toutes les nuits mon spectre rose
À ton chevet viendra danser.
Mais ne crains rien, je ne réclame
Ni messe ni De Profundis ;
Ce léger parfum est mon âme,
Et j’arrive du Paradis.

Mon destin fut digne d’envie,
Et pour avoir un sort si beau
Plus d’un aurait donné sa vie,
Car sur ton sein j’ai mon tombeau,
Et sur l’albâtre où je repose
Un poète avec un baiser écrivit :
Ci-gît une rose que tous les rois vont jalouser.

Théophile Gautier

Le triptyque Nijinski

Je dédie Kiki la rose aux danseurs
et danseuses qui savent m’émouvoir
de leur aise ou de leur grâce.

Kiki la rose
marque la fin d’un cycle ternaire débuté il y a dix ans. Aujourd’hui je comprends qu’une inversion se produit à travers les années, transformant la passion en un renoncement chaque jour plus sage.

Jeune danseur, comme beaucoup d’autres, je trouvais en Vaslav Nijinski la figure d’un artiste masculin ouvert sur le vingtième siècle naissant et une modernité qui n’en portait sans doute pas encore le nom. Il ne m’intéressait pas à ce moment-là de me projeter dans l’image d’un prince romantique ; le faune était tellement plus proche des qualités animales dans lesquelles je m’étirais. Le grand sauteur qui, débutant en chorégraphie, choisit de rester collé au sol, imposa son intériorité aux répétitions de « Faune Fomitch », un premier solo qui interrogeait la frontière séparant en un seul être le danseur et le chorégraphe.

Le mythe conserve dans les années suivantes une puissance intacte. Il transpire à grosses gouttes dans Clin de lune, à travers le fameux costume du tennisman de Jeux et par quelques images photographiques empruntées, glissées dans la fluidité des mouvements. Mais au danseur mythique se superpose brutalement un autre, infiniment plus proche et plus réel, au moment irréversible où la mort le trouve. Suit un travail de dépouillement, un travail de deuil représenté comme une mue, pour effeuiller les peaux du danseur, accepter le lyrisme de l’entrée en éternité et disparaître, dévoilé.

Kiki la rose est une variation autour du très célèbre port de bras du danseur russe. Le mouvement du corps se laisse influencer par les évocations de Théophile Gautier dans un poème extrait des Nuits d’été, mis en musique par Hector Berlioz. Après le faune contemporain et le prince dénudé, le danseur délaisse les prouesses techniques pour que survienne l’homme, avec l’ambition de parvenir à ne laisser paraître que la légèreté subtile d’un bonheur sevré de ses fractures : une palpitation de vie. Deux extérieurs se succèdent. Le premier est futur, dont la fraîcheur naïve ne permet de soupçonner aucun drame, et le second, passé : dans la fine mélancolie du spectre de la rose, la fleur fanée se souvient de son ultime soirée contre le sein d’une gracieuse, métaphore possible d’une existence entièrement vouée à la danse.

Le titre Kiki la rose fait référence à une marchande de fleurs célèbre dans les bars et les établissements nocturnes de Marseille.

Michel Kelemenis, Février 1998